Traumatisme en PSE : faut-il encore mettre un collier cervical ?
Pendant longtemps, le collier cervical a été perçu comme un réflexe quasi automatique dès qu’une victime traumatisée présentait un risque de lésion du rachis. Aujourd’hui, la logique PSE est plus nuancée : on ne pose plus un collier cervical “par habitude”.
La priorité est de stabiliser le rachis, d’éviter les mouvements inutiles, de traiter les détresses vitales et de choisir le moyen le plus adapté : maintien manuel, blocs de tête, matelas immobilisateur à dépression, brancard cuillère, ou collier cervical lorsque son usage est pertinent.
Le changement de logique : du réflexe automatique au raisonnement
Le collier cervical a longtemps été associé à la prise en charge du traumatisé. Dans l’imaginaire collectif, traumatisme important signifiait souvent : “on met un collier”. Pourtant, le collier cervical ne règle pas tout et peut même poser des difficultés s’il est mal indiqué, mal posé ou utilisé dans une situation inadaptée.
La logique actuelle est différente. Le secouriste doit d’abord se demander : la victime est-elle en détresse vitale ? Existe-t-il une menace immédiate ? Peut-elle maintenir sa tête seule ? Faut-il un maintien manuel ? Va-t-on devoir extraire, relever ou immobiliser la victime ? Le collier apporte-t-il une vraie aide dans cette situation ?
On passe donc d’une logique “traumatisme = collier” à une logique traumatisme = stabilisation raisonnée du rachis.
Alors, le collier cervical : on le met ou pas ?
Non, pas systématiquement
Le collier cervical n’est plus posé automatiquement chez toute victime traumatisée. Son usage doit être justifié par la situation.
Oui, parfois
Il peut être utilisé lors d’une extraction ou d’un relevage si la stabilisation manuelle de la tête risque d’être difficile ou aléatoire.
D’abord stabiliser
Le premier réflexe reste de limiter les mouvements : consignes à la victime, maintien tête, position adaptée, immobilisation globale si nécessaire.
Premier réflexe : stabiliser, rassurer, limiter les mouvements
Face à une victime traumatisée consciente, calme et coopérante, le premier geste peut être verbal : lui demander de ne pas bouger la tête, de regarder devant elle et de rester dans la position où elle se trouve.
Si la situation le nécessite, un secouriste peut assurer un maintien manuel de la tête à deux mains, dans l’axe, afin de limiter les mouvements intempestifs du rachis cervical.
Cette stabilisation initiale est souvent plus importante qu’une pose précipitée de collier. Elle permet de sécuriser la situation, de réaliser le bilan et de préparer la suite : relevage, immobilisation, extraction ou transmission au médecin régulateur.
Quand le collier cervical peut-il encore être utile ?
Situations où il peut être envisagé
- extraction d’une victime traumatisée ;
- relevage nécessitant plusieurs mouvements ;
- maintien manuel de la tête difficile à garantir ;
- stabilisation de la tête aléatoire pendant une manœuvre ;
- organisation d’équipe nécessitant une restriction temporaire des mouvements ;
- victime à mobiliser vers un dispositif d’immobilisation globale ;
- consigne médicale ou protocole adapté au contexte.
Ce qu’il faut vérifier
- absence de contre-indication évidente ;
- taille adaptée à la victime ;
- pose correcte ;
- maintien de la liberté des voies aériennes ;
- absence de gêne respiratoire majorée ;
- réévaluation après la pose ;
- desserrage si la victime est ensuite immobilisée dans un MID.
Quand faut-il éviter le collier cervical ?
Le collier cervical ne doit pas être utilisé s’il existe une contre-indication. Le secouriste doit notamment être attentif à la liberté des voies aériennes, à la possibilité d’une obstruction, à la morphologie de la victime et à une éventuelle déformation préexistante du rachis cervical.
En cas de déformation préexistante du rachis cervical ou de position qui ne peut pas être corrigée sans douleur ou résistance, la tête doit être maintenue dans la position où elle se trouve. Forcer une mise en position “idéale” peut être dangereux.
Collier cervical : lecture pratique en PSE
| Situation | Réflexe prioritaire | Place possible du collier |
|---|---|---|
| Victime consciente, calme, coopérante | Consignes verbales, limitation des mouvements, bilan et surveillance. | Pas automatique. À discuter selon la suite de la prise en charge. |
| Suspicion de traumatisme du rachis | Stabilisation, maintien tête si nécessaire, traitement des détresses vitales. | Possible si utile pour une manœuvre ou une restriction temporaire des mouvements. |
| Extraction ou relevage | Organisation d’équipe, stabilisation du rachis, choix du moyen d’immobilisation. | Peut être utilisé si le maintien manuel risque d’être difficile ou aléatoire. |
| Voies aériennes menacées | Libération et maintien des voies aériennes, traitement de la détresse vitale. | À éviter si le collier risque d’aggraver l’obstruction ou de gêner la prise en charge. |
| Immobilisation dans un MID | Immobilisation globale et restriction des mouvements par le matériel adapté. | S’il a été posé, il doit être desserré une fois la victime immobilisée. |
Le collier ne remplace pas l’immobilisation globale
L’objectif n’est pas seulement de “bloquer le cou”. L’objectif est de limiter les mouvements du rachis dans une prise en charge globale, cohérente et adaptée à la victime.
Le matelas immobilisateur à dépression, les blocs de tête, le brancard cuillère ou d’autres moyens peuvent participer à la restriction des mouvements. Le collier, s’il est utilisé, n’est qu’un élément possible de cette organisation.
Maintien manuel
Utile au début ou pendant une manœuvre pour limiter les mouvements.
Immobilisation globale
Le MID et les blocs de tête permettent une restriction plus complète.
Réévaluation
Après chaque geste, on contrôle voies aériennes, respiration, douleur et tolérance.
Les erreurs à éviter avec le collier cervical
Le poser automatiquement
Le collier cervical ne doit pas être posé par routine. Son intérêt doit être évalué selon la situation.
Le considérer comme suffisant
Un collier seul ne garantit pas une immobilisation correcte. Il ne remplace pas l’organisation globale de la prise en charge.
Gêner les voies aériennes
Après la pose, il faut réévaluer la liberté des voies aériennes et la respiration. La priorité reste la détresse vitale.
Choisir une mauvaise taille
Un collier mal adapté peut être inefficace, inconfortable ou mal toléré. La taille doit correspondre à la victime.
Forcer la position
On ne force pas une tête dans l’axe si cela provoque douleur, résistance ou aggravation. La position trouvée doit parfois être respectée.
Oublier de desserrer après MID
Si la victime est immobilisée dans un matelas immobilisateur à dépression, le collier posé doit être desserré.
Checklist PSE : traumatisme et rachis
Avant de penser au collier
- sécuriser la scène ;
- réaliser l’approche globale de la situation ;
- rechercher une détresse vitale ;
- traiter ce qui tue en premier ;
- demander à la victime de ne pas bouger si elle est consciente ;
- assurer un maintien tête si nécessaire ;
- préparer la manœuvre d’extraction ou de relevage ;
- choisir le moyen adapté de restriction des mouvements.
Si un collier est utilisé
- vérifier l’indication réelle ;
- écarter les contre-indications évidentes ;
- choisir la bonne taille ;
- poser correctement sans forcer ;
- réévaluer les voies aériennes ;
- surveiller la respiration et la tolérance ;
- continuer la stabilisation globale ;
- desserrer après immobilisation dans un MID.
En formation PSE : ce que les stagiaires doivent comprendre
Le sujet du collier cervical est intéressant pédagogiquement parce qu’il montre un vrai changement de paradigme. Le secouriste ne doit pas chercher à appliquer mécaniquement un geste appris. Il doit comprendre l’objectif du geste : limiter les mouvements du rachis sans nuire à la victime.
Cela demande un raisonnement : quel est le risque ? quelle est la priorité ? la victime est-elle stable ? doit-on la déplacer ? le maintien manuel est-il possible ? le collier apporte-t-il une aide réelle ? existe-t-il une contre-indication ?
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Le collier cervical n’est plus un automatisme : le raisonnement prime
En PSE, la prise en charge du traumatisé repose sur le bilan, la stabilisation, le traitement des détresses vitales, le choix du bon matériel et la réévaluation.
Source indicative : recommandations nationales PSE – restriction des mouvements du rachis cervical.